jeudi 24 août 2017 

européennes + 3000 jours

Accueil du site > Bilan des européennes 2009 > Heurs et malheurs des différentes listes (3/5)

Heurs et malheurs des différentes listes (3/5)

Détails sur les faits secondaires

mercredi 17 juin 2009

A partir du moment que l’on garde bien à l’esprit que le parti qui a gagné, et de très loin, est le parti de ceux qui ne voulaient pas être les complices de cette élection ratée et qui ne voulaient plus faire semblant de croire à des promesses que personne ne tiendra jamais parce que personne au Parlement européen n’a les moyens de les tenir, il est possible d’examiner le reste des résultats.

1. Pôle position pour l’UMP

L’UMP a indiscutablement fini en tête du scrutin, mais c’est un succès par défaut, car l’Union pour un Mouvement Populaire n’est guère populaire ; elle est même très minoritaire dans l’opinion publique car elle est totalement isolée : avec ses 27,87% des votants, qui ne font que 10,84% des inscrits, elle ne fait face qu’à des oppositions. Il n’existe en effet plus de réserves de voix comme il y a quelques années entre l’UDF et le RPR (et leurs satellites) qui se ralliaient les uns aux autres selon les occasions. Cette forme de ralliement n’est plus pratiquée par les centristes (Modem), ni par aucune autre formation d’importance. La plus accommodante des oppositions de l’UMP étant celle de l’insaisissable Philippe de Villiers, qui fait campagne contre l’UMP mais appelle systématiquement à voter pour elle aux seconds tours. Cependant hors de la Vendée, Villiers ne pèse pas bien lourd.

L’activisme médiatique de Nicolas Sarkozy reste une technique efficace pour occuper l’espace politique vide d’alternatives crédibles et apparaître comme le seul recours, mais cela ne fait pas de l’UMP un parti représentatif ou de gouvernement mais seulement un commando de communiquants efficaces. Enfin, les promesses qui viennent d’être faites d’une "Europe qui protège" par ceux qui, avec le PS, ont tout fait pour mettre en place cette Europe dérégulatrice jusqu’à réunir de force la quintessence de ces politiques dans le traité de Lisbonne, ne fera illusion qu’un temps.

2. Epuisement du filon "anti-Maastrik"

Là où Villiers faisait 12,3% et 13 députés en 1994, où Pasqua-Villiers 13,1% et 13 députés en 1999 et où le MPF faisait encore 6,8% et 3 députés en 2004, Libertas (MPF & CPNT qui a eu des élus par elle-même pendant la même période) ne fait plus que 4,8% et 1 élu, P. de Villiers, qui sauve son siège grâce à son score dans son fief de l’Ouest (33% en Vendée, soit 8% du total des voix de Libertas ; en ajoutant les voix obtenues dans les 4 départements mitoyens on a 20% du total de Libertas, qui sans cela n’aurait peut-être même pas atteint les 3%).

L’évidente inefficacité de ce vote a désenchanté les électeurs (quels sont en effet les résultas du combat "anti-Maastrik" de Villiers ?) et la confusion extrême due à l’inscription du MPF dans Libertas (et son fédéralisme ultralibéral) a sans doute amplifié ce tassement.

3. Lassitude face au vote protestataire FN

Le vote FN avait souvent créé l’événement lors des scrutins européens. Mais il n’a servi à rien depuis 25 ans, si ce n’est à stériliser toutes les critiques sur l’Union européenne après qu’elles furent mêlées aux propos odieux que l’on sait. Les citoyens se rendraient-ils enfin compte qu’en raison de ses saillies ce parti a été le principal complice de ceux qu’il prétendait combattre ?

4. Début du nauffrage du centre version Bayrou

Le "centre" fut le champion de l’Europe, il était le courant le plus à l’aise sur "l’Europe", celui qui pouvait revendiquer le plus ancien, le plus fervent, le plus constant et le plus unanime soutien à cette politique. De 1979 à 1994 il fut soit vainqueur, soit leader des coalitions victorieuses des élections européennes. Mais :
- le centre s’est progressivement fait copier ses idées sur l’Europe par tous les autres partis politiques (et qui sont désormais manifestement rejetées dans leur ensemble, quels que soient ceux qui les portent) ;
- le centre version Bayrou est surtout un projet très personnel de conquête du pouvoir, ce qui, malgré les espoirs qu’il suscite, surtout par rejet des autres grands prétendants, rend l’édifice militant centriste précaire quant à ses cadres et incertain quant à son programme. La conséquence est une inéluctable perte de crédibilité face aux électeurs.

5. Morcellement des gauches

Passé de mode ou obsolète, le reflux du paradigme marxiste prive la gauche d’un référentiel idéologique plus ou moins commun et des possibilités de rassemblement qu’il offrait. Les uns ayant opté pour la "modernité" du social-libéralisme et passant par l’Europe devenaient les fossoyeurs de l’Etat social né à la Libération, les autres "social-démocratisant" leur communisme, les 3èmes devenant des partisans fanatiques de l’Europe supranationale qui réglerait tout, les 4èmes jouant la carte de l’écologie, les 5èmes étant tentés par l’option révolutionnaire-libertaire, etc.

Cette multiplication de forces centrifuges est le symptôme de ce que le PS a perdu toute légitimité et le score du PS l’indice de l’abandon de ce dernier par les classes populaires, qu’il est de plus en plus difficile de nier. Ces forces centrifuges rendent également impossible tout rassemblement susceptible de gagner une échéance nationale.

Mais surtout, par le monopole de la contestation qu’exerce le camp de gauche, tout en partageant avec ses adversaires les options fondamentales du "rêve européen", est créée une situation qui engendre une absence de discours politique vraiment critique sur les enjeux de notre époque et prive les citoyens de points d’appuis, de médiations idéologiques, symboliques et militantes indispensables pour mener un combat politique contre les fléaux actuels.

6. Victoire opportuniste des écologistes

Dans ce contexte de grande démobilisation, sans débat politique digne de ce nom, l’une des enseignes en course dans la catégorie des oppositions à "cette Europe" avait un petit supplément de promesses à proposer, un petit supplément bien dans le vent : l’écologie. Cette enseigne était emmenée par la mascotte de mai 68, Dany Cohn-Bendit qui sait toujours attirer les feux de la rampe sur lui. De plus, il a bénéficié de deux coups de pouce puissants en toute fin de campagne :
- il a eu l’occasion de se "payer une tranche" d’un cacique de la politique française, F. Bayrou, avec qui il était directement en concurrence ;
- il a bénéficié de la diffusion de la super-production écologiste "Home", le documentaire étant programmé depuis plus d’un an pour être diffusé à 20h35 à l’avant-veille du scrutin (ce qui laisse perplexe quant aux complaisances qui furent nécessaires pour réussir ce "beau coup") [1].

Ainsi, grâce à l’altercation avec Bayrou, Europe Ecologie a pris un nombre certain de voix au Modem et grâce au documentaire un nombre certain d’autres à un peu tout le monde. Avec un faible taux de participation, un tel déplacement de voix a eu un impact important. C’est ce qui a valu à notre vieil agitateur une belle performance dans le reliquat du corps électoral qui s’est exprimé le 7 juin 2009 et un succès médiatique dont nous entendrons malheureusement parler longtemps.

En conclusion, bien que les opposants à la politique de "cette Europe" soient très majoritaires parmi les citoyens, l’illusion dans laquelle baignent nos "élites" ou leur volonté d’ignorer un phénomène qui les contrarie, les a conduit à saturer nos médias d’analyses non-pertinentes. Enfin la non-existence d’un parti proposant une alternative crédible, piège l’ensemble de la nation en la livrant aux initiatives d’une petite minorité qui se joue habilement de la crise politique dans laquelle nous marinons.

Il nous faut donc, si nous voulons nous dégager au plus vite de ce piège, prendre du recul pour remettre en perspective ce théâtre d’ombre.

 

Sommaire : Bilan des européennes 2009

Lire la suite : Aux origines de l’impasse de la politique actuelle (4/5)

 

Facebook Wikio Diggit Delicious Google Live Myspace Scoopeo Technocrati Twitter

Notes

[1] Son auteur, Arthus-Bertrand affirmait le lendemain : « Mon film a influencé le vote, c’est évident », sans trouver cela anormal. A quand une fresque documentaire sur le bilan de la présidence du Conseil de N. Sarkozy, ou sur les bonnes intentions de tel ou tel parti, la veille du scrutin ? Et "Home" a-t-il été compté dans les comptes de campagne d’Europe Ecologie ?

un site du RCR |  plan du site |  nous contacter |  mentions légales |  crédits