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Aux origines de l’impasse de la politique actuelle (4/5)

Distinguer les causes et les conséquences

mercredi 17 juin 2009

Comme nous l’avons montré, nous avons affaire à une situation plusieurs fois paradoxale où la politique qui est menée ne correspond pas, de façon durable, à ce que réclament les citoyens, et où les "vainqueurs" des élections, très minoritaires dans l’opinion publique, proposent, tout comme leurs principaux adversaires, les mêmes politiques pour l’Europe auxquelles manifestement les électeurs sont hostiles. Les citoyens quant à eux, se plaignent des conséquences des politiques qu’ils subissent, mais n’identifient pas les causes de la crise, ce qui fait qu’ils ont du mal à se libérer des politiques existantes, à les remplacer. Examinons cette question.

L’idéologie actuellement dominante dans notre pays comme partout est celle de la globalisation [1], qui serait une chance extraordinaire, ou au moins une assez bonne chose, pour beaucoup plus de gens que ceux qui le revendiquent explicitement. Pour les autres, ils se complaisent pour l’essentiel dans l’impuissance et se contentent d’opposer une opinion qui concède à regret, mais concède quand même, que cette globalisation aurait un caractère incontournable, serait quelque chose d’irrémédiable, qui irait dans le "sens de l’histoire", un phénomène face auquel on ne pourrait rien : « mais que voulez-vous faire ? on ne peut quand même pas contraindre toute "l’Europe", la France est si petite, il faut "faire avec" ».

Les hypocrites de la globalisation

Cependant, que l’on ne s’y trompe pas, les appréciations favorables à la globalisation sont partagées bien au-delà des cercles "patronaux", "libéraux", ou "conservateurs", ou comme on voudra les nommer. Rappelons que les secrétaires généraux de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et du FMI (Fonds Monétaire International), les deux hauts lieux de de la mise en pratique de la globalisation pour le commerce international, la monnaie et la finance, ne sont pas états-uniens, chinois, ou anglais, "réputés" pour leur passion pour la guerre économique, mais français, et ces Français ne sont pas des responsables du Medef ou de l’UMP, mais du parti socialiste, et ces socialistes ne sont pas d’obscurs seconds couteaux ou des adhérents occasionnels, mais des responsables du tout premier rang : Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn.

Mais surtout, il ne faut pas raconter d’histoire, cet état de fait n’est pas arrivé du jour au lendemain, ni à l’improviste, ni par hasard ou par malchance. Comment ne pas voir qu’il y a eu au contraire dans les politiques de tous les partis (UDF, RPR, PS et Cie) une grande continuité, des lois de déréglementation financière de P. Bérégovoy en 1983, aux politiques de ruptures sarkoziennes (paquet fiscal), en passant par par tous les autres et notamment par les privatisations de L. Jospin entre 1997 et 2002.

Comment ne pas voir que s’est construit autour des idées de la globalisation une adhésion profonde, une réflexion soutenue et largement diffusée, des choix délibérés et argumentés, le tout construit sur des dizaines d’années et partagé par tous les principaux partis de gouvernement, et bien au-delà des cercles dirigeants de ces partis, auprès de leurs militants ainsi que dans la "société civile" (et ceux de leurs militants qui s’aviseraient à jouer les purs qui n’auraient « pas mangé de ce pain-là, moi Monsieur ! », qu’ils sachent qu’ils ne sont, tout simplement, que les idiots utiles des précédents ou carrément des imposteurs).

Un choix générationnel ?

En réalité c’est une grande partie de toute une génération qui a produit et s’est livrée à cette idéologie, par enthousiasme, par bêtise, par ressentiment à l’égard de la génération précédente, par inconséquence ou négligence, ou encore par délire utopique. Elle s’est livrée avec jubilation à ce grand chamboulement des institutions et de la politique dont elle héritait, et dont elle avait par ailleurs profité (de la progression de l’abondance créée) comme aucune génération avant elle.

Il y a une trentaine d’années en effet, à mesure que se transformait la donne politique et économique (surtout après la désindexation du dollar par rapport à l’or le 15 août 1971), au moment d’ailleurs où cette génération des babyboomers commençait sa montée vers le pouvoir, tous les camps politiques ont pratiqué un légitime aggiornamento de leurs doctrines alors en vigueur : gaullisme, politiques de régulation de l’Etat social mises en place à la libération, "conservatisme", socialisme, communismes, autogestion, etc. tout a été "modernisé".

Dans ce mouvement, toutes les familles de pensée furent progressivement fascinées par une espèce bien particulière de modernisme, un modernisme fait de défiance ou même de détestation de l’Etat, des institutions et de tout ce qui est transmis en général. Cette modernisation s’est traduite en un rêve, celui d’un monde où les choses s’organiseraient spontanément, en confiance dans les dérégulations monétaires et financières, en croyance dans le libre-échangisme pour la circulation des marchandises, en l’espoir d’une croissance infinie et en foi dans la mise en place de politiques supranationales pour dépasser le soi-disant "funeste cadre national“ qui était ringard, le paradis de la "beaufitude" et du "nationalisme" quand ce n’était pas pire.

Au final, par un véritable harcèlement du civisme usuel des citoyens français, c’est une incontestable mise sous tutelle qui a eu lieu, de notre communauté de citoyens, de sa liberté de décider, de sa démocratie. A coup de campagnes de dénigrement, d’intimidation et de repentance, les citoyens ont été neutralisés par la destruction méthodique de leurs références politiques et historiques. C’est ainsi que notre politique a été soumise aux intérêts d’une nouvelle cléricature et de nouveaux féodaux, qui comme toujours, pour ceux qui connaissent un peu d’histoire de notre pays, se sont mis au service de la puissance impériale du moment et de son idéologie, en collaborant à notre colonisation par l’idéologie de la globalisation. La France c’était trop petit, trop provincial, pas assez moderne, fascisant même, qu’avons-nous dû entendre de la part des porte-paroles de cette génération, pressés d’aller jouir sans entraves dans la grande communauté des "global players".

Les conséquences

Aujourd’hui nous sommes en face des conséquences de ces orientations politiques de dérégulation et de désintermédiation : précarité, chômage, délocalisations, domination de l’économie par la finance, insécurité sociale, vulnérabilité de l’intérêt général face à la puissance des intérêts privés, atomisation de la communauté des citoyens en communautés de "victimes" réclamant continuellement des comptes aux pouvoirs publics et le respect de leurs "droits à".

Sans Etat , malheur aux petites gens sans "parrains" pour les protéger. « Ils n’avaient qu’à améliorer leur "employabilité" en temps utiles, affirme-t-on en novlangue dans les poulaillers d’acajou et les basses-cours à bijoux, à présent, qu’ils apprécient au moins les minima sociaux que l’on a eu la bonté de leur accorder, et qui nous coûtent si chers. »

Et si ces petits riens du tout refusent de se soumettre à cette société de rêve, de liberté et d’émancipation, s’ils refusent d’endurer leur sort en silence en réclamant une autre politique, une politique qui les protège de la loi de la jungle, les mêmes beaux esprits, la crème de la modernité, les porte-paroles des bénéficiaires des politiques de régulation d’antan, eux qui les ont détruites ainsi que la société qui leur avait fait une place, ces profiteurs accableront ces citoyens en les traitant selon le cas de fainéants, de populistes, de nationalistes ou de ringards passéistes qui voudraient remonter le temps.

Impuissance

Quant à la majeure partie de la société, elle a le souvenir et la nostalgie de l’Etat protecteur, mais ne sait plus comment le mettre en place. elle réclame ces protections, mais elle a désarmé l’Etat et rechigne à renoncer à ses lubies libérales-libertaires. Lubies sur l’"ouverture", mélangeant l’"ouverture" des esprits à l’"ouverture" des frontières pour les marchandises, les capitaux et les personnes, en passant bien sûr par l’inénarrable "ouverture aux autres", lubies sur l’autorité, qui serait forcément toujours autoritaire, lubies sur l’Etat, qui serait un monstre froid, avide et inefficace, etc.

D’un point de vue politique, la démocratie "moderne" est devenue une démocratie "à la cause toujours" : ce qui est dit lors des élections est défait par les politiques européennes et ce qui se décide au niveau européen n’est jamais débattu devant les citoyens. Et quand par miracle une directive Bolkestein est bloquée à l’entrée, elle revient quelques mois ou années plus tard par la fenêtre. Cette "démocratie" est celle d’une oligarchie qui déteste et méprise le peuple et gouverne contre le peuple.

Nous avons le souvenir d’une démocratie de citoyens, mais là encore, accrochés aux lubies de la génération des babyboomers, nous ne savons pas comment renouer avec elle. De plus en plus de citoyens se plaignent de cette situation et des maux qui les frappent, mais ils continuent de vénérer les mêmes croyances qui ont construit les difficultés dont ils se plaignent, car nous ne sommes pas encore capables de distinguer qu’entre les unes et les autres il y a un rapport de cause à conséquence.

Et c’est comme cela qu’in fine, de votes en faveur de l’Europe nous en sommes arrivés au « non » au référendum de 2005, mais que nous sommes restés inertes quand celui-ci a été profané lors du coup d’Etat parlementaire du 4-8 février 2008 [2]. Puis, c’est comme cela que nous avons à nouveau battu un record d’abstention le 7 juin dernier, et que ceux qui se sont déplacés se sont laissés aller à voter ou UMP, ou PS, ou Europe Ecologie, ou... c’est-à-dire à voter pour « cette Europe », pour l’« Autre Europe » [3], alors que de toute évidence et d’expérience ; "cette Europe" nous impose des mauvaises politiques (dérégulations) et une mauvaise méthodes (politiques communes), et que "l’autre Europe" n’est qu’une promesse illusoire.

Mais sur quels repères nous faut-il dans ce cas nous reposer ?

 

Sommaire : Bilan des européennes 2009

Lire la suite : Enjeux, clivages et perspectives (5/5)

 

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Notes

[1] Dans « La globalisation n’est pas un phénomène économique » nous montrons que la globalisation est d’abord la propagation à l’échelle de l’humanité entière d’une certaine idée de l’Homme, avant de se traduire par les phénomènes économiques que nous connaissons, mais ici nous n’entrerons pas dans cette précision, il est néanmoins utile de garder cette perspective à l’esprit.

[2] Voyez la déclaration « Non, au coup d’Etat parlementaire » ou sa version vidéo « Non, au coup d’Etat parlementaire (vidéo) »

[3] Voyez « Soin palliatif pour campagne électorale en déshérence où sont présentées les 4 familles de pensée "cette Europe", "l’autre Europe", "quitter immédiatement" et "indépendance-coopération") que le RCR propose pour échapper au piège de l’indigent clivage "pour/contre", "oui/non", "pro/anti" européen.

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