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3/4. Quitter l’Europe tout de suite

La colère est mauvaise conseillère

vendredi 22 mai 2009, par RCR

Lucides sur les espoirs irréalisables des précédents ou hostiles par principe à ce genre de politiques supranationales, il existe une partie de l’opinion publique qui voudrait tout envoyer promener et quitter l’Union européenne (UE) le plus vite et le plus bruyamment possible. Ces citoyens pensent que cette façon de claquer la porte de l’UE est la seule façon pour la France de se débarrasser de ce carcan, de retrouver sa liberté et de faire de la politique. Aussi choisissent-ils délibérément la rupture, le divorce, et réclament de quitter l’Europe sur le champ.

Les tenants de cette option se répartissent sur tout l’échiquier politique, on y trouve : les trotskistes du Parti des Travailleurs (PT) avec son candidat à la présidentielle de 2007 Gérard Schivardi, des communistes, les villiéristes ainsi que le FN et toutes sortes d’organisations protestataires.

Nous considérons cette posture comme aveuglée par la colère et aussi que cette solution serait au final non seulement hasardeuse, mais surtout contre-productive.

Une solution hasardeuse

Claquer la porte de l’UE reviendrait à s’en remettre à la colère qui est mauvaise conseillère et écornerait notre image en anéantissant la nécessaire impression de sérénité qu’un pays respecté doit imposer, mais cela reviendrait aussi à s’en remettre aux conflits qui suivraient la rupture pour trouver des solutions aux crises que nous affrontons ces temps-ci. Or, ce n’est pas parce que nous aurions rompu avec l’UE que le contexte général s’arrangerait de lui-même, il pourrait s’aggraver, de même rien ne nous assure que les conditions ultérieures de négociations ne seraient pas pires encore. En effet, les pays avec lesquels nous aurions rompus se feraient alors un malin plaisir de faire trébucher ces "maudits Français" qui les auraient plantés là. De plus, ce n’est pas en revenant à la situation antérieure, pour le Franc par exemple, que nous serions pour autant tirés d’affaire.

Une solution contre-productive

Mais surtout, la France (par l’intermédiaire de ses dirigeants et aussi de nous les citoyens qui n’avons pas été capables de bloquer ou d’infléchir cette dérive) porte une part de responsabilité certaine dans ces décennies d’errements européistes, la France, en effet, serait aussi considérée comme faisant preuve d’un "sacré toupet" d’oser quitter un navire qu’elle aurait à ce point contribué à égarer. Avec l’appui assuré d’une habile propagande médiatique, nous serions alors non seulement très mal compris et frappés de ressentiment par un très grand nombre de citoyens des autres pays de l’UE, mais encore isolés et stigmatisés pour n’être qu’égoïstes et arrogants. Ainsi en suivant les bruyants tribuns de la rupture pure et simple, nous nous retrouverions sans l’ombre d’un doute en butte avec un mouvement de profond ressentiment — qui pour n’être pas unanime n’en serait pas moins important — orchestré contre nous dans toute l’Europe.

Nous aurions alors gâché beaucoup de ce qui est le plus précieux pour la France en général et pour sortir du guêpier de Bruxelles en particulier : le capital de confiance que possède notre pays et la crédibilité qu’il a pour proposer des alternatives sur la scène internationale (pensez à l’Irak en 2003, à l’exceptions culturelle en 1993, parmi tant d’autres). Aussi gardons bien à l’esprit que rien de ce qui devra être entrepris ne doit attenter à la crédibilité du statut de force de proposition de la France. Détruire ce potentiel, qui ne demande qu’à être exploité, pour glaner un petit résultat certes immédiat mais ô combien incertain, serait la stratégie la plus contre-productive que nous puissions imaginer.

D’ailleurs, que les partisans de cette sortie de l’UE nous expliquent un peu comment ils imaginent que se passerait ce "divorce européen", pour l’Euro, pour la PAC, pour Schengen et tant d’autres dispositions de l’UE. Quand, pour lancer le tournage d’un film, on sollicite le feu vert de son producteur (ici les citoyens) et on ne peut pas indéfiniment se contenter d’énoncer le titre de ce film d’action ("la rupture avec l’UE !") en répétant qu’ils sera plus sensationnel que tout ce qu’on a vu jusque là. Il faut détailler le scénario.

En conclusion, parce que l’histoire ne s’arrêtera pas à l’instant d’une éventuelle rupture avec l’UE, notre but ne doit pas être de rompre, mais de réussir la politique d’après la sortie de l’Europe supranationale. Et pour atteindre ce but il nous faudra procéder d’une toute autre manière.

 

- consulter les autres articles de la série "Classification des opinions sur l’UE"

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