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1/4. Les partisans inconditionnels

vendredi 22 mai 2009, par RCR

Les partisans inconditionnels de la "construction européenne" voient en elle l’enjeu fondamental de la politique d’aujourd’hui. Elle serait comme un col que nous devrions gravir afin d’échapper aux problèmes politiques actuels. De l’autre côté de ce col, nous déboucherions alors dans une vallée riche et paisible : le paradis de "l’Europe enfin réunifiée". Ils sont convaincus que c’est désormais à cet échelon que les problèmes doivent être résolus, ils trouvent leurs arguments dans l’économie ou l’histoire.

Pour eux, comme disait François Mitterrand, la « France est notre passé et l’Europe notre avenir ». L’économie, et précisément l’économie mondiale globalisée, aurait tout changé, l’ancienne politique et ses principes seraient caducs. Ce ne serait d’ailleurs pas une grande perte, mais un grand progrès, puisque ceux-ci nous auraient valu tant de massacres au XXème siècle. Enfin ! les anciennes références seraient définitivement périmées. Il faudrait passer à autre chose. Cet autre chose étant justement la "construction européenne", c’est-à-dire la constitution, plus ou moins avouée, d’un gouvernement unifié de l’Europe. "L’Europe" serait une bonne chose en soi : pourvoyeuse de paix, de prospérité, de croissance, de progrès, elle serait moderne aussi, en un mot nécessaire et qu’importe s’il y a eu la guerre en ex-Yougoslavie, si la précarité monte en Europe, si l’Europe est la zone du monde où la croissance est la plus faible, si la liquidation de l’Etat social est clairement due aux politiques européennes.

Insensibles aux faits, les partisans de "l’Europe" vont répétant leur foi de charbonniers en leur nouvelle religion, qui a son Credo qui définit une orthodoxie et donc ses hérétiques (les euro-critiques), ses pères fondateurs (Monnet, Schumann, Spaak, Gasperi), ses grands prêtres (les présidents de la Commission), son haut clergé (les fonctionnaires européens) et ses promesses de rédemption ultime : une Europe nageant dans le bonheur et la paix. Avec eux le débat sur l’Europe est quasiment impossible car ils ne sont pas accessibles à la raison : ils opposent une croyance à des arguments et des faits.

Quant à ceux qui seraient hostiles à cette vision, les hérétiques, ils ne seraient peu ou prou que des nationalistes, ils prendraient le risque de la guerre, mais aussi de toutes sortes de régressions humaines engendrant violence, pauvreté et misère. Ces opposants, tous amalgamés, seraient passéistes, archaïques, nostalgiques, n’iraient pas dans le sens de l’histoire et du progrès.

Dans les partisans inconditionnels de la “construction européenne", nous trouvons le gros de l’UMP et du PS, la totalité de l’UDF - Modem - Nouveau-Centre et l’essentiel des Verts, c’est-à-dire tous les partis actuellement au cœur de la politique de la France. Ils sont également bien secondés par les principaux journalistes de nos médias, radio - télé - journaux, ensemble ils ont été l’avant-garde des partisans du « oui » en 2005.

Coté militants, leur éminente avant-garde, comme tous les gens "réfléchis" ils soutiennent les présidentiables, ils sont réputés compétents, ils parlent le dialecte politique conforme qui ne dénote pas, ils sont convaincus, comme leur auditoire, d’en savoir plus, d’être plus visionnaires, plus sérieux et plus lucides, en un mot, ils sont de toute façon supérieurs. Pas la peine de discuter, soit ils sont « obligés de croire en l’Europe, c’est un beau projet quand même » et vous ne leur ôterez pas ça de la tête, soit face aux difficultés à défendre leur utopie en raison du décalage entre la réalité et les promesses, ils vous répondent qu’« il n’y a pas le choix, vous ne voulez quand même pas revenir en arrière, isoler la France », quand ce n’est pas « vivre comme l’Albanie d’Enver Hoxha ».

Côté électeurs, rien de surprenant à constater, après plusieurs décennies de matraquage pro-européiste et d’alignement de nos gouvernants (qui ne veulent plus gouverner) sur la pensée unique, que les partisans de l’UE se trouvent autour des "partis de gouvernement", dans le sillage de ceux qui produisent cette pensée commune, cette doctrine partagée par delà le clivage gauche-droite. Rien de surprenant non plus que toutes ces questions soient pour eux frappées du sceau de l’évidence. Tout cela procède d’un désir de conformité, de normalité, de dire ce qu’il faut pour être ensemble et être sûr de ne pas se tromper, puisque tout le monde dit la même chose. Pour eux un euro-critique est soit un extrémiste, soit un farfelu, soit un pinailleur. Forcément quelqu’un de pas bien sérieux, puisqu’« il n’y a pas le choix ».

Car au delà de l’acte de foi qui est à la base de la pensée des partisans de l’Europe, leur argumentation procède d’un principe mimétique : tout ça n’est "vrai" dans l’opinion que parce que continuellement répété et hégémonique dans ce qui nous sert d’information : « la paix... la prospérité... nécessaire... à l’heure de la globalisation... pensez donc ma bonne dame, mon bon monsieur... que ferions-nous tout seuls... si peu ! évidemment... ». Ça vous pose un homme, ou une femme, que de partager cet avis panoramique, faussement prudent tout en s’accordant un frisson à ainsi considérer sottement l’Etat du monde. Et c’est la répétition de ce babille qui le fait désirer de tout ceux qui souhaitent se réfugier bien au chaud dans la foule afin de professer "tous ensemble" ces mêmes idées qu’un sens commun égaré plébiscite. D’autres veulent porter des habits de telle marque ou telle coupe de cheveux, eux veulent partager les mêmes idées sur l’avenir (quoi que l’un n’empêche pas l’autre...).

Concernant ces “croyants en l’Europe", notre but doit être de les contraindre à débattre et à considérer le décalage entre les promesses et la réalité, la médiocrité de leurs présupposés, les fausses évidences de cette Europe qui nous garantirait la paix, la prospérité, la croissance, etc.

 

- consulter les autres articles de la série "Classification des opinions sur l’UE"

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